Le Monde | Play Bach

Le Monde, ar Renaud Machart

Les mélomanes qui ne pourront assister aux concerts de l’intégrale en cours de la musique pour clavecin de Johann Sebastian Bach à la Cité de la musique, à Paris, auront un lot de consolation de choix : la diffusion intégrale, en direct, des concerts et leur visionnage gratuit, et ce jusqu’en septembre, sur les sites Culturebox.francetvinfo.fr et Citedelamusiquelive.tv.

Le claveciniste Olivier Baumont, professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, a conçu ce marathon en demandant à une théorie d’excellents collègues de construire chacun un programme où se côtoient les pièces de style italien (concertos et sonates), français (les suites de danses, dont les Suites françaises), contrapuntique (L’Art de la fugue, Le Clavier bien tempéré ou lesVariations Goldberg) ou pédagogique (les Inventions, le Petit Livre pour clavier d’Anna Magdalena Bach).

Le Musée de la musique étant associé à cette opération, ce sont donc les instruments rares (ou leurs copies) de sa collection que toucheront ces musiciens. C’est dire l’intérêt musical et organologique de cette intégrale, qui se tient jusqu’au 21 mars, date de naissance du Cantor de Leipzig, au rythme de deux concerts quotidiens (clôturée par un hommage d’Olivier Baumont et Bob van Asperen au grand claveciniste hollandais Gustav Leonhart, mort en 2012, quelques jours après un ultime et poignant concert au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris).

Le jeune Français Jean-Luc Ho ouvrait le ban, mardi 11 mars, et jouait le fac-similé construit en 1975 par Jean Tournay d’un clavicytherium de 1751 d’Albertus Delin. L’instrument est étonnant : le corps est dressé à la verticale et à angle droit du clavier, face au musicien et au public. De telle façon que les cordes, disposées comme les tuyaux d’un buffet d’orgue, sonnent frontalement et avec davantage de puissance qu’un instrument à la table horizontale. Autre particularité : les cordes semblent résonner en sympathie, comme le produirait la pédale forte déprimée d’un piano. Le procédé, s’il a pour inconvénient de brouiller parfois les harmonies trop dissonantes, semble offrir un univers acoustique plus riche.

Jean-Luc Ho, souple, exact et subtil, est l’un des représentants de la jeune et brillante génération de clavecinistes français (que connaît et admire – le savent-ils ? – le grand pianiste américain Murray Perahia). Mais il y en aura d’autres : de grands noms confirmés (Rinaldo Alessandrini, Pierre Hantaï, Ton Koopman, Davitt Moroney, Blandine Rannou, Christophe Rousset, Andreas Staier, etc.) et de très jeunes musiciens, tel Jean Rondeau (20 ans), également pianiste de jazz, qui se produira le 21 mars à 19 heures dans ce qui promet d’être l’un des concerts les plus attendus de la série.