Classiqueinfo.com | Par Richard Letawe

Festival du Comminges 2013 : Musica Humana, Dominique Visse et Jean-Luc Ho

 

Avec trente-huit ans au compteur, le Festival du Comminges a connu une longue et prestigieuses histoire, et quelques vicissitudes qui avaient fait craindre pour sa pérennité lors de récentes éditions. Une nouvelle direction a pris les commandes, la communication a été dynamisée, et le festival est désormais de nouveau sur les bons rails.

Comme du coutume depuis quelques années, le Festival du Comminges proposait pour cette édition un heureux mélange entre musiques ancienne et baroque, généralement données dans la cathédrale de Saint-Bertrand du Comminges, et un répertoire plus récent, à dominante pianistique, organisé à la basilique toute proche de Valcabrère, ainsi que dans quelques autres communes de Haute-Garonne telles que Martres-Tolosane, Bagnères de Luchon ou Saint-Gaudens.

 

Le festival s’ouvrait le 13 juillet dernier par un concert du quintette de cuivres Magnifica accompagné à l’orgue par Thomas Ospital, suivi une semaine plus tard par un récital d’orgue donné par Bruno Morin. Le 31 juillet, l’Orchestre de Chambre de Toulouse se produisait à Martres-Tolosane, et le 02 août c’est le directeur artistique du festival Jean-Patrice Brosse qui officiait dans un programme de clavecin.

Le 09 août, le festival accueillera le Fine Arts Quartet avent un triplé de pianistes les 11, 13 et 15 : Guillaume Coppola, Geoffroy Couteau et Adam Laloum. Deux jours plus tard on entendra Romain Leleu et Jorris Sauquet dans un concert de trompette et d’orgue à Luchon, puis ce sera au tout du chœur basque Anaïki de se produire, puis de Nemanja Radulovic et ses Trilles du Diable, avant de conclure par un autre récital de Jean-Patrice Brosse, cette fois à l’orgue le 24 août.

Le festival ne sera pas tout à fait terminé cependant, car à partir du 31 août, chaque samedi jusqu’au 28 septembre, un concert d’orgue sera donné à Saint-Bertrand, où l’on entendra par ordre chronologique Elisabeth Amalric, Frédéric Munoz, Jan Willem Jansen, Jean-Paul Lécot, et enfin Yves Rechsteiner.

Notre venue au Comminges coïncidait avec un concert donné conjointement par l’ensemble vocal Voce Humana, Dominique Visse, et l’organiste Jean-Luc Ho dans la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges. Ils proposaient un programme alternant pièces vocales sacrées et œuvres d’orgue, idéalement adapté aux lieux du concert.

Ces lieux justement : la cathédrale Notre-Dame qui pour un belge comme nous, habitué à contempler les vastes monuments du Nord, paraît de bien petites dimensions. La surface au sol est assez réduite, l’église étant d’un seul tenant, sans transept, mais laisse une impression puissante et massive avec ses épais contreforts. A l’intérieur, la nef est étonnamment petite, elle laisse en fait la plupart de sa surface à l’un des trésors du Comminges, les stalles monumentales, au nombre de 66, au décor de bois sculpté incroyablement riche. Pour y accéder, on passe par un jubé somptueusement travaillé lui aussi.

L’autre trésor, architectural et musical, est bien entendu l’orgue, placé dans l’angle de la nef, posé sur une fines colonnes, auquel on accède par le même escalier qui mène à la chaire. Datant de près de cinq siècles, il a été patiemment restauré lors des premières années du festival, et constitue un patrimoine instrumental absolument unique.

Le programme mis au point par les musiciens frappe par les contrastes qu’il établit entre les pièces d’orgue, plutôt tirées des XVIIème et XVIIIème siècles, et les œuvres vocales, qui datent quant à elles plutôt des XVème et XVIème siècles. Les pièces d’orgue sont interprétées avec un brio étourdissant par Jean-Luc Ho, même pas encore trentenaire, qui montre déjà une étonnante maîtrise aux commandes d’un instrument aussi complexe que celui du Comminges. Que ce soit dans les ornements virtuoses et les riches coloris des maîtres italiens tels que Frescobaldi ou Battiferri, ou dans la concentration et la profondeur pour un Scheidemann, Jean-Luc Ho fascine son auditoire par son style intègre et sa technique souveraine. Le sommet de sa prestation est situé au milieu du concert avec l’émouvant et grandioseContrepoint 14 extrait de L’Art de la Fugue inachevé à cause de la mort de son auteur, dont il rend magistralement toute la complexité polyphonique, avant de lâcher là, brusquement, le clavier au milieu de la dernière phrase écrite par Bach.

L’éloquence de l’organiste trouve un écho dans l’art austère et mystique des quatre chanteurs, qui au cours de ce concert vont alterner motets de différents compositeurs et parties d’une Missa d’un auteur anonyme du XVIème siècle. Ici aussi, l’exécution de ces parties chantées est au dessus de tout soupçon, la voix corsée et troublante de Dominique Visse se mariant idéalement à celles plus légères de ses trois jeunes collègues, l’unité stylistique du quatuor ainsi constitué est remarquable. Parmi ce riche programme, on retiendra la succession de trois Lamentations de Jérémie, très édifiante quant aux différences de styles de leurs auteurs, la pureté d’interprétation de la Missa anonyme, qui venait ponctuer tout le programme, ou encore le lyrisme sévère des Repons pour l’Office des ténèbres de Tomas Luis de Victoria.

Pour clore ce magnifique concert, le quatuor vocal et l’organiste se rejoignent, ou plutôt jouent et chantent en alternance, dans un fabuleux Magnificat de Scheidt, digne conclusion d’une soirée superlative.